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Le chanteur Richard Desjardins réclame une enquête publique indépendante sur le ministère des Ressources naturelles (MRN) afin de comprendre pourquoi cet organisme continue de faillir à son mandat de protéger les ressources naturelles du Québec pour plutôt se lier avec les entreprises pour piller, selon lui, le territoire.
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Dans une entrevue téléphonique accordée à RueFrontenac.com lundi, Desjardins estime qu'il faut «aller à la source du problème», c'est-à-dire comprendre comment et pourquoi le ministère des Ressources naturelles «ne remplit pas le mandat» (voir Note 1 à la fin du texte) qui lui a été confié et «comprendre comment cette culture se transmet au gouvernement».
Il faut absolument que le MRN cesse d'être une simple courroie de transmission au pouvoir politique des intérêts des compagnies, dit-il essentiellement.
Le seul moyen de faire la lumière, selon lui, c'est d'instituer une commission d'enquête publique indépendante qui ira au fond des choses et fera témoigner «la gang qui mène le Ministère depuis 20 ans», y compris d'anciens ministres et hauts fonctionnaires «comme (Guy) Chevrette et (Jacques) Brassard».
Ce n'est pas la première fois que le chanteur réclame à grands cris l'institution d'une enquête indépendante sur le MRN, et «pas une commission d'étude» comme ce fut le cas en 2004 avec la commission Coulombe, précise-t-il. Depuis la sortie de son film L'Erreur boréale en 1999 qui a décrié l'industrie forestière, Desjardins et son groupe L'Action Boréale ont répété régulièrement que le pillage des ressources naturelles du Québec se poursuivra aussi longtemps que le «ménage» n'aura pas été fait au MRN.
République de bananes
Cette fois, c'est le récent rapport du Vérificateur général du Québec, Renaud Lachance, qui incite Desjardins à monter de nouveau aux barricades. Dans une vérification sur l'exploitation des mines au Québec, Renaud Lachance exprime plusieurs doutes sur la gestion du MRN, notamment en ce qui concerne les exigences administratives liées à la protection de l'environnement. On apprend dans son rapport que Québec ne respecte pas sa propre loi en n'exigeant pas les redevances de 12% que doivent payer les compagnies sur les minerais soutirés du sous-sol québécois.
Le Vérificateur général parle également d'un «sérieux manque d'organisation» en ce qui a trait aux inspections des lieux d'exploitation, ainsi qu'une perception inadéquate des sommes obligatoires pour permettre la restauration des sites, une fois les mines fermées.
«C'est ça, la Loi des mines, dit Desjardins. Elle confère aux compagnies minières une toute-puissance législative inacceptable. Cela donne une économie de république de bananes, et même pire. Il y a des pays africains qui exigent plus d'argent que nous pour leurs ressources naturelles.»
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Le chanteur Richard Desjardins fustige les compagnies minières qui exproprient «n'importe qui n'importe quand».
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Aide sociale déguisée
En fait, ajoute-t-il, non seulement les compagnies ne paient pas pour nos ressources, mais encore Québec débourse pour créer des jobs dans le domaine minier. «On a calculé qu'on paie les compagnies à hauteur de 15 000$ par job. Ça n'a pas de bon sens, c'est électoraliste au bout. C'est de l'aide sociale déguisée», dit-il.
Desjardins croit que le projet de la mine d'or Osisko pourrait servir de bougie d'allumage pour d'autres projets miniers d'importance dans la région de l'Abitibi. «Je suis persuadé que les compagnies vont attendre de voir ce qui va se passer à Malartic pour faire blaster le cœur du territoire de Kanasuta avec le projet de la compagnie Vantax et celui de Johanna, non loin de l'aire protégée Vaudray-Johannès.»
Ce qui se passe à Malartic est «tout croche», dit Richard Desjardins. Alors que le Bureau d'audiences publiques en environnement (BAPE) s'apprête à tenir la semaine prochaine la seconde partie de ses audiences, la compagnie a déjà commencé à relocaliser une soixantaine de maisons dans le village pour réaliser son projet d'exploitation. En tout, l'entreprise veut exproprier quelque 200 maisons pour exploiter une carrière à ciel ouvert.
«Les audiences publiques ne sont pas terminées, et ils ont déjà déménagé 60 maisons! À quoi ça sert de faire des audiences publiques s'ils peuvent déjà commencer? s'insurge Richard Desjardins. C'est l'arrogance de la Loi des mines qui fait qu'ils peuvent exproprier n'importe qui n'importe quand, sans aucun avis juridique. Les gens n'ont même pas été informés de leurs droits.»
Selon le chanteur, ce qui est en cause à Malartic, c'est «la méthode de l'open pit». Avec des carrières à ciel ouvert, l'exploitation minière peut se faire avec moins de teneur par tonne du minerai recherché car les frais d'exploitation sont moindres. «Avec les tunnels, tu peux t'arranger pour aller forer en dessous. Ça dérange beaucoup moins que faire sauter l'écorce terrestre. Dans le système actuel, ils peuvent le faire. Même l'industrie minière est gênée», dit Desjardins.
NOTE 1 : voici comment le MRNF définit sa propre mission:
Le ministère des Ressources naturelles et de la Faune est le gestionnaire du territoire public, des ressources forestières, minérales, énergétiques et fauniques ainsi que de l'information foncière. En s'appuyant sur une connaissance de pointe, le Ministère assure la conservation des ressources naturelles et du territoire et favorise la création de richesse par leur mise en valeur, dans une perspective de développement durable, au bénéfice des citoyens. Suivant sa vision et dans la poursuite de l'affirmation de son rôle de première importance auprès de la population, le Ministère s'engage à être reconnu pour son leadership ainsi que pour sa gestion innovatrice et responsable du patrimoine naturel et territorial, au
bénéfice des générations actuelles et futures. |