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Chers militants et chères militantes,
Je voudrais ce soir, en tant que président du Réseau de Résistance du Québécois, vous parler, brièvement, de l’avenir que j’entrevois pour notre organisation, certes, mais également pour le mouvement indépendantiste. Car je crois profondément et sincèrement -sans nous considérer bien sûr pour plus importants que nous le sommes, nous, les fiers militants du Réseau - que le RRQ a une mission de la plus haute importance à accomplir dans le contexte politique actuel. Celle de réviser de fond en comble la stratégie indépendantiste. C’est donc pour cela que je dis que l’avenir du RRQ sera aussi, en partie, celui du mouvement indépendantiste. Si nous échouons dans le travail qui nous incombe, je ne vois malheureusement pas comment le mouvement indépendantiste pourra un jour triompher. Ça peut sembler pompeux, de prime abord, mais c’est quand même comme ça que je vois les choses.
A) De l’importance de réorienter la stratégie indépendantiste
Si je dis cela, c’est parce qu’il m’apparaît plus clairement que jamais que le péquisme souverainiste est un échec. Un cuisant échec. Les directions de nos partis blanc bonnet bonnet blanc – je veux bien sûr parler du PQ et du BQ – vivent avec la peur au ventre. Elles ont peur d’avoir peur. De ce fait, elles ne posent pas les gestes qui s’imposent. Elles laissent le Québec et ses institutions les plus formidables être progressivement détruits par le système conçu par nos ennemis d’en face, un système qui n’a jamais abandonné ses objectifs coloniaux. Au RRQ, on ne craint pas d’appeler un chat, un chat !
Le PQ et le BQ ont tellement peur qu’ils n’osent même pas s’avouer que nous sommes en guerre. Pourtant, Chrétien, Guité, Pelletier l’ont dit, eux, sans aucune gêne. Alors pourquoi nous, nous ne nous l’avouerions pas aussi!? Plusieurs dans la famille souverainiste n’osent le faire parce qu’ils ont peur. Tout simplement. Or, la peur lorsqu’elle nous assaille nous contraints à l’obséquiosité. Et l’obséquiosité nous conduit par la suite au refus de la lutte. Et un peuple soumis à un autre qui refuse de lutter ne peut que mourir à plus ou moins brève échéance. Voilà le problème que représente le péquisme. Une trappe qui empêchera pour toujours – à moins qu’il ne change drastiquement- le peuple québécois de se libérer. C’est aussi simple que ça. Les gens qui sont présentement en place n’auront jamais le courage nécessaire pour briser les fers qui enferment le peuple québécois dans un système qui l’exploite depuis beaucoup trop longtemps déjà!
Si au moins, au PQ, on avait un peu de courage, ils pourraient admettre qu’ils ne sont intéressés en rien à faire avancer le projet indépendantiste, que s’ils conservent toujours l’étiquette souverainiste, c’est simplement pour des raisons électoralistes et donc opportunistes. Ces gens ne pensent qu’à leur carrière personnelle! Ils ont kidnappé la cause indépendantiste et, tout en la contrôlant, ils ne font rien pour la faire progresser. C’est scandaleux! Je vous livrerai maintenant une anecdote, question de prouver que ce que je dis est vrai. Et désolé pour ceux qui m’ont déjà entendu le dire. Lorsque j’étais au cabinet Landry, on m’avait confié l’enclenchement du chantier pays. Nous étions en 2003. J’ai alors demandé au conseiller de Bernard Landry de m’amener ce que le PQ avait produit, en matière de documentation souverainiste, depuis 1995. Il a dû admettre, piteusement, qu’ils n’avaient rien fait. Pas même écrit une ligne! Les bras m’en sont tombés. Le militant péquiste que j’étais croyait qu’en coulisses, le PQ peaufinait sa stratégie. Il n’en était rien. En ce jour, j’ai compris qu’on ne pouvait faire pleinement confiance au PQ, qu’il nous faudrait les contraindre à avancer vers là où ils ont peur d’aller. Le PQ est un boulet que nous traînons depuis 1995.
Aujourd’hui, je considère que le mouvement indépendantiste se retrouve dans une situation similaire à celle du mouvement républicain nord-irlandais au début des années 1960. Ces militants, principalement de l’IRA, n’avaient plus aucune assise dans la population, ils n’avaient plus d’influence. Ils ont dû réfléchir à la façon dont ils pourraient reprendre prise sur le déroulement des choses. Ils l’ont fait en infiltrant le mouvement des droits civiques. Et on connaît la suite des choses. Londres et les Protestants n’ont pu tolérer que des catholiques réclament un monde meilleur. C’est, grosso modo, ainsi que la violence a éclaté.
Les Républicains ont alors compris une chose très importante. Ils ont compris qu’ils ne pouvaient pas seulement malmener l’opinion publique anglaise, pour que Londres finisse par dire que le maintien de son joug sur l’Irlande du Nord était trop coûteux, trop lourd, qu’il valait ainsi mieux laisser aller ce territoire. Les Républicains ont compris qu’ils devaient aussi s’assurer d’un appui populaire important dans leur population. C’est pourquoi ils se sont mis à parler du mieux-être de la population, à adopter une stratégie socialisante, pour ne pas dire socialiste. Ici, au Québec, c’est le contraire. On ne fait que miser sur le prosélytisme. On croit qu’à force de toujours améliorer notre discours, on finira bien par convaincre suffisamment de Québécois pour ainsi nous permettre de briser nos chaînes. Ce faisant, on ne se concentre que sur une facette du problème, on néglige la nécessité qu’il y a de rendre le Québec inconfortable aux exploiteurs canadiens; et même là, on ne le fait pas très bien. La preuve : le fait que le PQ ait cru un seul instant que le fait de produire un document PDF qui s’est retrouvé sur le site du parti était suffisant pour prétendre que le travail de persuasion avait été fait! Comme quoi, il nous faudra adopter aussi une véritable éthique de travail si nous aspirons un jour à la victoire. Et à ce jour, cette éthique de travail, c’est dans les rangs de l’organisation du Québécois que je l’ai le plus clairement aperçue.
B) De la relation que le RRQ doit entretenir avec les autres organisations et partis du mouvement indépendantiste
Après l’excommunication dont notre organisation a été la cible après Opération 1759, j’ai dit que je ne voulais pas que nous devenions des PQ bashers professionnels. Je le pense toujours. Mais il est aussi évident qu’on ne pourra pas toujours faire l’économie des critiques que les directions péquistes et bloquistes se doivent de recevoir. C’est pourquoi je me permets d’être très dur à leur égard, ici, ce soir.
Pour préciser ma pensée à l’égard des partis indépendantistes, j’utiliserais la formule de Gérard Chaliand. Celui-ci, expert des mouvements de libération nationale, affirme que « sans foyer révolutionnaire, le parti est inutile ». J’ai longtemps cru, et trop de Québécois également, qu’on n’avait qu’à s’en remettre au PQ pour faire avancer le Québec vers son indépendance. Dans les années 1960 et 1970, le Québec était riche de son militantisme. Avec l’arrivée du PQ au pouvoir, plusieurs – trop en fait – sont rentrés dans leur terre, attendant que le PQ règle le problème du Québec à leur place. On a vu ce que cela a donné. Un fiasco monumental, hormis la période Parizeau. On ne doit plus jamais agir ainsi. C’est pourquoi je dis qu’il faut développer un efficace mouvement indépendantiste qui ne craint pas de mettre la main à la pâte et de mener les luttes qui doivent être menées. Les partis n’auront ainsi d’autres choix que de nous emboîter le pas. Plus que jamais, je crois que c’est la base militante qui fera le pays, et non nos ailes parlementaires! Et ce mouvement, issu de la base militante, de toute façon, n’a pas besoin du PQ ou du BQ car nous avons déjà fait la preuve que nous pouvions remporter des victoires sans le soutien des ces partis. En fait, on peut même gagner lorsque ces partis nous tirent dessus, à boulets rouges, sur les ondes des radios-poubelles!
Maintenant, si on a décidé de garder notre indépendance face aux partis indépendantistes, cela ne veut pas dire que nous n’aimons pas leurs militants. J’ai des amis autant au Parti Indépendantiste qu’au PQ que chez QS. Je déteste profondément la direction actuelle du PQ, mais je suis également conscient qu’il demeure des gens au PQ qui y militent pour les bonnes raisons. Nous voulons donc conserver de bonnes relations avec le PI, avec QS et avec les militants (et non les directions) du PQ et du BQ.
Dans les prochains mois, on devra par contre trouver le moyen de faire en sorte que toutes les organisations indépendantistes partageant une vision similaire de l’avenir et endossant sensiblement les mêmes stratégies pour faire du Québec un pays puissent travailler ensemble. À l’instar de ce qui s’est fait en Euskal Herria, c’est-à-dire qu’ils ont développé une structure (Herri Batasuna) pour regrouper les organisations issues de la gauche abertzale, nous devrons créer une structure au-dessus de nos organisations pour permettre une meilleure collaboration entre elles. Cette structure, je crois, permettrait de ménager les égos de tout un chacun, car toutes ces organisations continueraient bien sûr d’exister. Et je dis cela sans aucune visée impérialiste. Je ne désire pas que le RRQ avale les autres organisations, comme on l’a malheureusement prétendu dans certains milieux. Je désire simplement qu’on travaille plus efficacement ensemble, pour qu’on soit plus forts dans les combats qui nous opposent aux oppresseurs fédéraux.
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Patrick Bourgeois
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