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Des initiatives existent déjà en Suisse et dans certaines régions françaises PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Administrateur   
Jeudi, 26 Mars 2009 10:23

Des initiatives existent déjà en Suisse et dans certaines régions françaises

 

Réduire les effets de la crise grâce

Expert monétaire, ex-dirigeant de la Banque nationale, chercheur à l’université de Berkeley, le Belge Bernard Lietaer estime qu’il faut repenser le système monétaire, étranglé par la crise bancaire. Sa méthode : introduire des monnaies complémentaires aux devises classiques.

Utopiste ? Sandrine Vandendooren

La crise financière mondiale que nous traversons va nous obliger à repenser le système monétaire. Le sau­vetage en cascade des banques par les gouvernements coûtera aux Etats au moins 10 % de leur produit natio­nal brut (PNB). Pire : il entraînera l’économie dans une spirale négative en asséchant le crédit bancaire. Bref, si nous ne changeons rien au système, nous courons droit à la récession voire vers une dépression de 10 ans ! Cet avis alarmant émane de Bernard Lietaer, un professeur-chercheur belge à l’université de Berkeley (Californie). Peu connu chez nous, cet «architecte monétaire» de 66 ans originaire de Courtrai vient de rentrer au pays après 25 ans de carrière à l’étranger. Bernard Lietaer a démarré sa carrière comme cadre supérieur à la Banque natio­nale de Belgique, où il a entre autres été responsable de la concep­tion et de la mise en œuvre de l’Ecu, le système de convergence qui a abouti à l’euro. Désigné voici quelques années par le maga­zine Business Week comme «le meilleur trader» sur le marché mondial des devises, l’ingénieur civil de formation a par ailleurs enseigné la finance internationale à l’université de Louvain et conseillé des pays en voie de développement afin de rendre plus performantes leurs réserves monétaires.

Depuis la sortie de The future of money, publié en 2001 et tra­duit en 18 langues (mais pas en français), le Belge est reconnu comme l’un des gourous des monnaies complémentaires. «Il existe beaucoup de malentendus sur la monnaie, soutient Bernard Lietaer. Tous les textes d’économie parlent de la monnaie au tra­vers de ses fonctions : unité de change, unité de standard de valeur ou encore moyen d’épargne. Selon moi, la monnaie repré­sente d’abord un accord d’utiliser quelque chose comme stan­dard d’échange au sein d’une communauté.» Un tel accord peut prendre diverses formes, sociales ou commerciales, en fonction de la communauté (localité, région, nation, entreprise, etc.) dans laquelle ce standard d’échange circule. Et le professeur de citer des exemples réels : les miles de fidélité accordés par les compa­gnies aériennes ou les coups de main valorisés en crédit-temps ou encore le Wir en Suisse (lire ci-après).

 

 

à de nouvelles monnaies

Fort bien. Mais, comme il le détaille dans son livre Pour une Europe des Régions : les Regios, compléments nécessaires à l’euro, qui sortira en France à la fin de ce mois, il n’est pas question d’éliminer l’euro ou le dollar. «Les monnaies complémentaires peuvent être, en fonction des besoins locaux ou régionaux, un instrument-clé pour permettre d’éviter l’étranglement de l’éco-nomie productive par les restrictions du crédit bancaire et ses conséquences dramatiques sur le non-emploi», estime l’expert. Et de s’interroger : «Pourquoi faudrait-il que les entreprises empruntent nécessairement aux banques pour faire du com­merce entre elles ? Elles peuvent le faire directement entre elles avec leur propre monnaie complémentaire.» Il en veut pour preuve l’exemple du Wir en Suisse, l’un des cercles de coopéra­tion les plus connus et plus anciens d’Europe. D’autres initia­tives de monnaies complémentaires existent d’ailleurs déjà, tout près et plus loin de chez nous. Inventaire.

BERNARD LIETAER, CHERCHEUR BELGE À L’UNIVERSITÉ DE BERKELEY «Pourquoi les entreprises empruntent nécessairement aux banques pour faire du commerce entre elles ?, s’interroge-t-il. Elles peuvent le faire directement entre elles avec leur propre monnaie complémentaire.»

Les Regions : monnaies régionales des associations
d’utilité publique germanophones

Dans la zone européenne germano­phone (Allemagne, Autriche et Suisse), des associations d’utilité publique s’inspi-rent depuis 2004 des idées développées par Bernard Lietaer pour lancer des pro-jets de monnaies régionales appelées génériquement Regios. Sur les 63 initia­tives lancées, une trentaine sont déjà opé­rationnelles à ce jour. Parmi ces Regios, le Vorarlberg, en Autriche, a lancé un sys­tème d’échange régional composé essen­tiellement de services d’utilité publique: le Talente-Tauschkreis. Entre 1996 et 2007, ce système a cumulé un chiffre d’af-faires d’environ 1,5 million d’euros avec 1.500 adhérents dont une centaine sont des commerçants, de petits industriels et des agriculteurs. Jusqu’à présent, tous les échanges étaient enregistrés seule­ment électroniquement, mais ils lancent cet automne un système de monnaie papier.

Preuve que les banques ne sont pas exclues de ces systèmes monétaires com­plémentaires, la banque régionale Raifei­senbank sera un des points de vente de ces nouveaux billets. Dans le même temps, le Land transformera la petite loca­lité de Langenegg (1.000 habitants) en un village pilote émettant sa propre mon­naie papier, dont une des originalités est d’être dénommée simultanément en équi­valents d’euros et en «Talents» (12 talents valent 1 euro).

Le Talente-Tauschkreis peut être échangé à la poste et à la banque locale contre des euros ou des services rendus à la collectivité. Tous les commerces l’ac-ceptent, du coiffeur à l’épicier, en passant par le menuisier, le magasin d’équipe-ments électroniques, etc.

LE TALENTE-TAUSCHKREIS ÉMIS DANS LA LOCALITÉ DE LANGENEGG Il peut être échangé à la poste et à la banque locale contre des euros ou des services rendus à la collectivité.

 

 

Mis à jour le Jeudi, 26 Mars 2009 10:30
 
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